L'accordéon diatonique, des archives aux bals folk

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Marinette Bonnert nous propose un voyage musical personnel, guidé par ses découvertes puisées dans la phonothèque de Melchior. Par ses mots, elle crée un dialogue intime entre les archives sonores et ses propres enregistrements disponibles en ligne. Ce parcours en miroir offre une belle immersion dans l'accordéon wallon, encore bien vivant et en perpétuel mouvement.

L’accordéon diatonique fait partie de ma vie depuis toujours. Très jeune, j’ai baigné dans les musiques du Festival de Champs ainsi que celui du temps des Cerises que mes parents écoutaient sur des bandes d’enregistrement. Et j’ai toujours aimé ça !

Dès la fin des années 90, j’ai commencé des cours d’accordéon diatonique avec Louis Spagna. Le groupe Rue du Village, dont il faisait partie, avait participé au revival de la musique wallonne et jouait régulièrement des bals à la wallonne. J'ai donc eu la chance de plonger dès le début dans ce type de musique et d’être en contact avec des interprètes très intéressés par ce répertoire. A l’époque, je pensais tout connaitre de cette musique enregistrée.

Depuis les années 2000, je la joue régulièrement avec mes groupes sur les planches des bals et des concerts : il faut bien le constater, ce type de musique est souvent méconnu.

Dans ce parcours, je partagerai donc quelques enregistrements de la grande phonothèque de Melchior, et les mettrai en lien avec de la musique plus actuelle (interprétée par mes groupes, ou extraite d’autres enregistrements).

Elisabeth Melchior

J’ai croisé André Ricros (qui travaillait au studio GAM) dans mon village de Waimes ; sachant que je jouais de l'accordéon diatonique, il m’a proposé une rencontre avec Elisabeth Melchior. Les enregistrements qu'il a faits à cette époque se trouvent dans "Armanac BOUH-TOT-DJUS" paru en 1997 à l'occasion du 50e anniversaire de la société folklorique du même nom, active à Waimes.

Pour moi, ce fut une confrontation avec une personnalité forte. Principale constatation, nous ne jouions pas de la même manière : j'avais un jeu très "croisé" (joué sur les deux rangées de l'instrument) alors qu’elle considérait qu’il fallait jouer en tirer-pousser. À l’époque, je ne me suis pas rendue compte de la chance que j'avais de rencontrer et de voir jouer ce véritable témoin vivant d'une autre époque et de la tradition wallonne.

C'est donc par la Maclotte d'Elisabeth Melchior que je vous propose de rentrer dans le monde de l'accordéon pour ce parcours musical. La première partie est très proche de la Maclotte de Malmedy, que j'ai par ailleurs eu l'occasion de jouer régulièrement pour des prestations du groupe de danse Fou d'vos Sokètes (de Malmedy) ou pour des stages de danses wallonnes. J'ai donc également un enregistrement de cette danse avec mon groupe 21 Boutons (ci-dessus).

Maclotte

Type : maclotte | Date : 1975-1980

En commençant cet article, je me suis penchée sur le site Melchior, persuadée de n’y trouver que les collectages sur Elisabeth Melchior, les seuls dont j'avais entendu parler. Quelle ne fut donc pas ma surprise d’y découvrir plusieurs autres interprètes de diatonique, de chromatique, d'accordéon mixte et de basse aux pieds. Une belle diversité, digne de tous les constructeurs et inventeurs d'accordéons qui ont travaillé, inventé et développé l'accordéon en Belgique.

Un livre très intéressant sur ce sujet est "L'accordéon et la basse aux pieds en Belgique" d'Hubert Boone. Dès 1840, on fabrique des accordéons primitifs à Bruxelles, et cela a continué tout au long du 20ème siècle aussi en Wallonie.

Je me suis aussi rendue compte que même si je ne connaissais pas ces interprètes et ces enregistrements, je connaissais par ailleurs souvent l'un ou l'autre des morceaux proposés qui me sont quand même parvenus par d'autres chemins.

Aimé et son accordéon diatonique

Je vous propose de continuer ce parcours avec Aimé et son accordéon diatonique (Blégny-Trembleur). J'aime particulièrement écouter le son de son accordéon, ses "grosses" basses hélicons et la mécanique avec des clefs en cuiller (pour voir ce que c'est, il y a une photo sur le site du MIM).

J'ai à nouveau choisi un morceau, Li Polka dè boulèt, qui m'est par ailleurs arrivé dans les oreilles et dans les doigts une fois encore grâce au groupe de danse Fou d'vos Sokètes. Cette musique faisait partie du spectacle. Je l'ai également enregistrée avec mon groupe 21 Boutons.

Madame Genotte

Poursuivons ce parcours de découverte avec Madame Genotte et son accordéon chromatique (Jupille). Comme le précise le site Melchior, elle joue pour un groupe de danse, et je connais en effet plusieurs de ces musiques grâce au Fou d'vos Sokètes. Elle joue avec de chouettes impulsions pour les danseurs, mais elle est aussi parfois accompagnée par un violon qui sonne particulièrement faux. J'ai donc choisi un morceau où on entend bien l'accordéon chromatique et quelques percussions : la valse de Bastogne. Je l'ai également enregistrée avec mon groupe 21 Boutons.

Louis Vincent

Pour la suite, je vous propose d'écouter Louis Vincent (Aywaille) dans une Scottish. Au niveau de l'instrument, on entend à nouveau fort les mécaniques ; la description précise qu'il joue de l'accordéon dit "hybride", un instrument "doté d'un clavier mélodique bi sonore ("diatonique") et d'un clavier de basses unisonore ("chromatique")". Pour les joueurs d'accordéon diatonique, ce musicien joue donc sur un modèle très actuel avec une main droite bi sonore et une main gauche uni sonore (comme un accordéon diatonique 24 basses).

Jules Labasse

Dans les enregistrements les plus anciens, on retrouve Jules Labasse avec un accordéon diatonique. Il a entre autres participé aux vidéos du groupe de danse de Harre, qui figurent dans les collectages de danse les plus anciens et les seuls dont nous disposons. On peut entendre dans son jeu la dynamique pour les danseurs, et on sent le musicien qui joue régulièrement de son instrument. Il y a pour presque chaque musique un enregistrement de 1949 et un autre de 1955. Celui de 1949 est plus clair pour moi. Encore une fois plusieurs de ces musiques sont parvenues jusqu'à mon accordéon, par d'autres biais et un peu changées. La danse des tchérons me fait penser à la Danse des d'jvos que j'ai jouée entre autres avec mon groupe Matoufèt.

J'espère que vous avez eu plaisir à explorer en ma compagnie le monde de l'accordéon ancien et moderne en musique wallonne.

Je vous souhaite de belles découvertes encore !