Collecteur(s)
Hubert Bonne est né le 11 juin 1940 à Nederokkerzeel, dans le Brabant flamand.
"La carrière musicale d’Hubert Boone a débuté à l’âge de douze ans au sein de la fanfare de son village, Nederokkerzeel, où il jouait du cornet. C’est là qu’il a appris non seulement à lire la musique, mais aussi à écouter des morceaux transmis oralement. « Chaque fanfare comptait quelques musiciens qui, dès que le chef d’orchestre s’absentait, se mettaient à jouer des airs de danse. Des valses et des polkas qui se transmettaient de génération en génération », raconte-t-il. En 1953, il a pu pour la première fois jouer quelques morceaux avec les musiciens plus âgés.
Parallèlement, il suivait des cours à l’académie de musique de Schaerbeek. De 1956 à 1963, il a étudié au Conservatoire de Bruxelles, d’abord la trompette, puis l’alto. C’est là qu’il s’est rendu compte à quel point son intérêt pour la musique folklorique était hors du commun. Alors que ses professeurs s’intéressaient principalement à des compositeurs tels que Béla Bartók, Boone restait fidèle au répertoire local. « Chez Victor Legee (harmonie), nous devions tout savoir sur Bartók. J’ai expliqué que je m’intéressais à la musique folklorique brabançonne, et il n’a fini par comprendre qu’après avoir assisté à un concert. Pour Franz Wangermée (trompette), cela n’avait rien d’exceptionnel, il trouvait ça génial. Je venais certes d’un autre monde, c’était évident, mais je ne m’en suis jamais senti complexé. »
Après ses études, il a travaillé à l’opéra d’Anvers, puis pendant 33 ans au Musée des instruments de musique de Bruxelles (MIM). C’est là qu’il a publié des ouvrages sur les instruments traditionnels tels que le hummel et la cornemuse. Ces livres font aujourd’hui figure d’ouvrages de référence.
Parallèlement à son travail au musée, Hubert Boone a développé sa propre pratique de recherche : la collecte de musique folklorique. Non pas dans le cadre d’une mission officielle, mais par conviction personnelle. « Je me sentais un peu obligé de le faire. Personne ne s’en occupait. Et je savais que si je ne le consignais pas par écrit, tout cela serait perdu. »
À partir de 1965, il a sillonné le Brabant flamand et la Campine. Entre 1965 et 1990, il y avait encore des dizaines de musiciens de village en activité, capables de transmettre leur savoir. Il rendait visite à ces musiciens chez eux, les écoutait attentivement, notait les mélodies et réalisait — dans la mesure du possible — des enregistrements avec un Nagra, puis plus tard avec un magnétophone DAT. Pourtant, sa méthode restait avant tout basée sur la transcription à la main de ce qu’il entendait, une discipline qui exigeait une oreille musicale très fine. Sa formation au conservatoire lui avait donné les bases nécessaires : il reconnaissait les accords sous-jacents, les doigtés et les petites variations que d’autres n’auraient peut-être pas remarquées. Son expérience au sein de la fanfare lui a également été utile : « La première fois que j’ai pu jouer avec les musiciens principaux de la fanfare, je n’ai pu m’occuper que de l’accompagnement. C’est ainsi qu’on apprend quels accords fonctionnent. Pas par écrit, mais à l’oreille. C’est quelque chose qu’il faut apprendre en jouant ensemble. » Comme il jouait lui-même du cornet, de la trompette et de l’alto, il comprenait aussi pourquoi les musiciens interprétaient un morceau d’une certaine manière, souvent en fonction des possibilités et des limites spécifiques d’un instrument.
Les mélodies que Boone a rassemblées n’ont pas fini au fond d’un tiroir, mais ont été diffusées dans des publications. En collaboration avec Renaat van Craenenbroeck (1937 – 2001), spécialiste de la danse, il a lancé dans les années soixante une étude sur les danses folkloriques traditionnelles. Ils ont sillonné des dizaines de villages du Brabant flamand et de la Campine, à la recherche de danses autrefois exécutées par les confréries de tir et les sociétés musicales.
En 1968 parut le recueil « Dansen uit Midden-Brabant », publié par les Archives flamandes de la danse. Boone continua à parcourir les villages et à transcrire la musique. Suivirent plus tard des ouvrages tels que « Traditionele Vlaamse volksliederen en dansen » (2003, éditions Peeters) et « Brabantse danstradities » (avec des enregistrements sur CD de Limbrant).
Ces recueils contiennent des centaines de mélodies : des polkas, des schottisches, des valses, des mazurkas et des quadrilles, mais aussi des petites danses telles que « Mieke stout », « Jan Smed » et « Streep ». Hubert Boone a par ailleurs documenté les rares chants de déménagement (overhalen) des métayers et des servantes dans la Campine et le Hageland, comme la chanson « Rozenland », qu’il a recueillie à Veerle.
L'histoire d'Hubert Boone montre comment la préservation et la transmission des traditions musicales sont le fruit d'un mélange d'amour de la musique, de savoir-faire et de sens du devoir. Son travail met en évidence que la tradition ne se préserve pas d'elle-même, mais exige un engagement : écouter, noter, analyser, publier, jouer et archiver.
À 85 ans, il déclare : « On s'endort avec ça et on se réveille avec ça. » Sa passion pour la musique folklorique est le fil conducteur de sa vie. Grâce à son travail, les chercheurs, les musiciens et les communautés disposent aujourd'hui d'une riche archive qui n'est pas seulement préservée, mais qui peut aussi être ramenée à la vie."
(Source : CEMPER. Het vastleggen en doorgeven van Vlaamse muziektradities)
