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Les collecteurs collectés : quand la démarche se raconte pour la postérité

En cette rentrée 2022, Melchior s'apprête à lancer un nouveau projet, baptisé "Les collecteurs collectés". Comme son nom l'indique, il consiste à rendre la pareille aux auteurs des grands collectages, notamment ceux réalisés dans la période d'engouement des années 1970, souvent qualifiée de "Revivalisme".  Un premier entretien est programmé dès la fin du mois de septembre. Beaucoup d'autres suivront.

Comme nous le rappelait Vincent Grégoire, lors de l'interview réalisée dans le cadre du portrait que nous lui avons récemment consacré, "il n'est jamais trop tard pour réaliser des collectages". Le temps, en effet, ne cesse jamais de passer, et le passé s'échappe si on ne le retient pas en en gravant les traces dans le marbre. Le geste de récolter les connaissances, les souvenirs ou les chansons d'enfances des personnes s'inscrit donc nécessairement dans la durée : c'est un travail qui regarde chaque génération et qui a vocation à être sans cesse renouvelé, sous peine que la chaîne de transmission se brise un jour et que ce patrimoine disparaisse à jamais.

Les collecteurs qui ont arpenté la Wallonie se sont inscrits dans cette logique, depuis Roger Pinon dans les années 1950, jusqu'à Vincent Grégoire lors de la dernière décennie, en passant bien sûr par la période prolifique du Revivalisme ou Revival en anglais, dans les années 1970. Dans la foulée de leur démarche, ces personnes ont multiplié les rencontres, les voyages et les découvertes et acquis une expérience et une connaissance du sujet uniques, devenant elles-mêmes des maillons de la transmission. Elles incarnent le lien entre deux époques et ont désormais aussi de très belles histoires à raconter et de longs témoignages à partager.

Retour de politesse

Melchior s'apprête désormais à franchir une nouvelle étape et à prendre part à son tour à l'entreprise de collectage. Il ne s'agira pas cette fois d'arpenter les villages en quête de trésors en voie de disparition, mais de mettre en valeur les collecteurs eux-mêmes, leur vécu, leur expérience et leurs connaissances, tout en tâchant d'en produire une trace durable. Pourquoi se sont-ils lancés ? Qu'ont-ils mis en œuvre pour mener à bien leur projet ? Comment ont-ils vécu l'engouement du Revivalisme ? De nombreux sujets seront abordés dans le cadre de ces grands entretiens.

La première rencontre aura lieu dès la fin du mois de septembre, en présence de Jean-Pierre Dusoulier et Jean-Marie Vancoppenolle. Une autre est d'ores et déjà planifiée avec Hubert Boone et Wim Bosmans, et il y en aura bien d'autres. Ces contenus se retrouveront sur les fiches consacrées aux collecteurs sur ce site et donneront lieu à de grands portraits dans la section Actualité, qui seront aussi partagés sur la page Facebook de Melchior. Ce travail de contextualisation des collectages se révèlera également intéressant pour les professeurs qui exploitent cette matière dans un cadre pédagogique.

Un exemple inspirant en France

Le projet s'inscrit dans la lignée d'autres initiatives menées ailleurs. C'est notamment le cas de l'excellent webdocumentaire réalisé par Violon Populaire en Massif Central, qui peut être  consulté gratuitement au lien suivant.  Selon l'à-propos, il "revient sur la rencontre dans les années 1970 entre ces jeunes musiciens, souvent venus des villes, et de vieux violoneux détenteurs, malgré eux, de ce qui deviendra « musique traditionnelle »". Le chapitre IV illustre notamment la rencontre entre le jeune Brice Rivey et Olivier Durif, auteur de collectages auprès du violoneux Alfred Mouret (1901-1979) et de travaux sur les spécificités de son jeu.

Brice Rivey résume bien l'esprit de la démarche, qui est aussi celui qui nous anime : "Si je veux bien jouer cette musique et la comprendre, il faut que j'aille peut-être voir des gens qui l'ont vu d'encore plus près. [...] Ça me paraissait assez indispensable de venir récolter la parole, si je puis dire. Il y avait aussi quelque chose qui m'animait, de me dire que, cette démarche qui a été un peu la tienne quand tu avais 25 ou 30 ans à peu près, d'aller voir Alfred Mouret, c'était un peu ma manière à moi de faire la même chose sans avoir les mêmes possibilités, parce que le terrain n'est pas aussi vierge qu'il l'était à l'époque".

Antoine Danhier