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Les collecteurs collectés : "Le marchand de loques", parodie de voisinage

Parmi les contenus collectés ce 29 septembre, Jean-Pierre Dusoulier et Jean-Marie Vancoppenolle ont enregistré une chanson parodique qui reflète les relations ambigües (mi-moqueuses, mi-affectueuses) qui existaient entre les picards et les flamands. La chanson présente également l'intérêt d'exister en deux versions indépendantes, avec deux airs qui n'ont rien à voir, ce qui illustre la pluralité de la tradition.

Dans le cadre du projet "Les collecteurs collectés", Melchior a rencontré Jean-Pierre Dusoulier et Jean-Marie Vancoppenolle. Dans les années 1970, tous les deux ont réalisé divers collectages au Pays des Collines, la région picarde de Wallonie. Ils se rendaient dans les foyers de personnes âgées qui leur partageaient diverses musiques. Étant eux-mêmes musiciens, ils ont pratiqué ce répertoire dans le cadre d'un groupe qu'ils avaient à l'époque, E Saquant Beyaus. Au cours de l'entretien, en plus d'aborder leur expérience de collecteurs, J.-P. Dusoulier et J.-M. Vancoppenolle ont enregistré une partie de leur répertoire, qui n'existait sur aucun support. Il s'agissait donc également d'un collectage classique de chansons, en français et en picard. 

Parmi ce répertoire, une chanson un peu moqueuse et humoristique attire l'attention : "Le marchand de loques". Héritée du grand-père de Jean-Pierre Dusoulier, elle met en scène un marchand de loque flamand venu en Picardie pour faire fortune. Il s'agit d'une parodie qui était destinée à amuser la galerie lors des grandes fêtes, en utilisant des ficelles aussi vieilles que le théâtre lui-même (que l'on retrouve par exemple dans la célèbre "Farce de maître Pathelin"). Le texte offre ainsi un joyeux mélange de français et de mots picards (comme "berwète", qui signifie "brouette"), le tout prononcé en contrefaisant l'accent flamand (fautes de genre, difficultés à prononcer les consonnes chuintantes "j" et "ch"). Les paroles réunissent également une série de stéréotypes de l'époque. Comme dans la plupart des parodies, la frontière entre l'hommage affectueux et la moquerie ostentatoire n'est pas claire. 

La chanson a également l'intérêt d'exister en deux versions différentes, avec le même texte et le même accent, mais deux airs complètement différents. Le premier air, valsé, est la version du grand-père de Jean-Pierre Dusoulier, de Herseaux (proche de Mouscron).

La seconde version a été transmise par Mathilde Franche, de Flobecq, non loin de Lessines.

 

Antoine Danhier